J'ai vaincu l'Enfer du Nord : mon premier Paris-Roubaix Challenge
Il y a des courses qu'on coche dans un calendrier, et d'autres qu'on rêve de vivre au moins une fois. Le Paris-Roubaix Challenge fait clairement partie de celles-là. Monument mythique du cyclisme printanier, épreuve à part dans l'histoire de ce sport, il fascine autant qu'il intimide.
Cette année, j'ai eu la chance de prendre le départ du format 145 km, avec 19 secteurs pavés au programme, dont certains des plus célèbres : la Trouée d'Arenberg, Mons-en-Pévèle et le Carrefour de l'Arbre.
Mon objectif était simple : terminer cette épreuve mythique, profiter pleinement de l'expérience… et surtout éviter les ennuis mécaniques. Car même avec une bonne condition physique et une belle préparation hivernale, Paris-Roubaix reste une aventure à part. Et dans mon cas, elle l'était encore plus : je n'avais jamais roulé sur les pavés avant ça.
Le parcours 145 km et ses 19 secteurs pavés.
La trace GPS du parcours
Les 19 secteurs pavés
Les secteurs sont notés de 1 à 5 étoiles selon leur difficulté, leur longueur et l'état des pavés. Les trois secteurs 5 étoiles — Arenberg, Mons-en-Pévèle et le Carrefour de l'Arbre — sont les passages emblématiques de l'Enfer du Nord.
| # | Secteur | Km course | Longueur | Difficulté |
|---|---|---|---|---|
| 19 | Trouée d'Arenberg | km 50,7 | 2,3 km | ★★★★★ |
| 18 | Wallers à Hélesmes | km 56,7 | 1,6 km | ★★★ |
| 17 | Hornaing à Wandignies | km 63,5 | 3,7 km | ★★★★ |
| 16 | Warlaing à Brillon | km 71,2 | 2,4 km | ★★★ |
| 15 | Tilloy à Sars-et-Rosières | km 74,3 | 2,4 km | ★★★★ |
| 14 | Beuvry à Orchies | km 81,2 | 1,4 km | ★★★ |
| 13 | Orchies | km 86,3 | 1,7 km | ★★★ |
| 12 | Auchy à Bersée | km 92,9 | 2,7 km | ★★★★ |
| 11 | Mons-en-Pévèle | km 97,8 | 3,0 km | ★★★★★ |
| 10 | Mérignies à Avelin | km 103,9 | 0,7 km | ★★ |
| 9 | Pont-Thibault à Ennevelin | km 107,2 | 1,4 km | ★★★ |
| 8 | Templeuve — Moulin-de-Vertain | km 113,4 | 0,5 km | ★★ |
| 7 | Cysoing à Bourghelles | km 119,8 | 1,3 km | ★★★ |
| 6 | Bourghelles à Wannehain | km 121,0 | 1,1 km | ★★★ |
| 5 | Camphin-en-Pévèle | km 125,3 | 1,8 km | ★★★★ |
| 4 | Carrefour de l'Arbre | km 127,9 | 2,1 km | ★★★★★ |
| 3 | Gruson | km 130,3 | 1,1 km | ★★ |
| 2 | Willems à Hem | km 137,9 | 1,4 km | ★★ |
| 1 | Roubaix | km 146,7 | 0,3 km | ★ |
Se mettre dans l'ambiance de Roubaix
Dans les jours précédant la course, j’étais à la fois excité et un peu stressé. L’inconnu faisait partie du défi. La veille de l’épreuve, j’ai eu la chance de rendre visite à Van Rysel, une nouvelle marque que nous distribuons. Ce passage dans le Nord m’a aussi permis de reconnaître quelques secteurs pavés avec leur équipe, et même d’essayer quelques nouveautés qui arriveront bientôt. Quelques kilomètres ont suffi pour comprendre une chose : les pavés, ça brasse. Vraiment.
Côté météo, nous avons eu beaucoup de chance. En avril, dans le Nord de la France, on peut s'attendre à tout. Finalement, pas une goutte de pluie, des températures douces en fin de matinée et des conditions presque idéales pour vivre cette journée dans les meilleures dispositions.
L'ambiance, elle, était déjà exceptionnelle avant même le départ. Du monde partout, une énergie particulière, des cyclistes de toutes nationalités, des départs organisés entre 7h et 8h30. Nous avons pris le départ à 8h, au milieu de cette effervescence unique qui rappelle tout de suite qu'ici, Paris-Roubaix n'est pas seulement une course : c'est une fête populaire, presque une religion.
L'ambiance électrique au départ — des milliers de cyclistes prêts à en découdre avec les pavés.
Un choix assumé : partir en gravel
Comme je ne connaissais pas encore les sensations sur les pavés et que, je dois l'avouer, cela m'impressionnait un peu, j'ai choisi de prendre le départ avec mon vélo de gravel plutôt qu'avec mon vélo de route. L'idée était simple : gagner en confort, en contrôle et limiter les risques mécaniques sur les secteurs les plus cassants.
J'avais monté des pneus de 40 mm en tubeless, avec une pression volontairement plus basse, à 28 psi, qu'en usage plus classique. Sur Paris-Roubaix, la pression devient presque un sujet stratégique : trop gonflé, on subit davantage les pavés ; pas assez, on s'expose aux pincements et à d'autres soucis. Ce compromis m'a permis de garder du grip, du confort et surtout de rester en confiance tout au long de la journée.
Côté équipement, je n'avais rien laissé au hasard non plus : un maillot manches longues avec coupe-vent, un bib Givelo au confort irréprochable, une paire de jambières Rapha bien utiles sur les premiers kilomètres, ainsi que les gants Castelli Arenberg pour mieux filtrer les vibrations sur les secteurs les plus cassants.
Niveau réparation, j'avais prévu l'essentiel avec deux chambres à air TPU, de quoi réparer le tubeless et une mini-pompe Silca. Pour la nutrition, même logique : deux bidons avec de la poudre Maurten 320, quelques snacks, et la certitude de pouvoir compter sur les ravitaillements du parcours.
Le setup pensé pour les pavés : gravel, pneus 40 mm tubeless à 28 psi, équipement filtrant les vibrations.
Mon setup pour le Paris-Roubaix Challenge
| Vélo | Vélo de gravel — confort, stabilité et tolérance sur les secteurs les plus exigeants |
| Pneus | 40 mm en tubeless, gonflés à 28 psi |
| Réparation | 2× chambre à air TPU, kit tubeless, mini-pompe Silca |
| Cuissard | Bib Givelo — confort irréprochable sur une longue journée en selle |
| Gants | Castelli Arenberg — filtrent les vibrations et limitent la fatigue des mains |
| Équipement | Maillot manches longues, coupe-vent, jambières Rapha |
| Nutrition | 2 bidons avec poudre Maurten 320, Maurten Solid 160, ravitaillements du parcours |
Un départ rapide, malgré le vent
Au moment du départ, j'étais concentré, mais serein. Je savais que ma préparation hivernale était là — merci Zwift — et j'avais surtout hâte d'y être. Hâte de découvrir cette course de l'intérieur. Hâte de rouler enfin sur ces pavés tant vus à la télévision.
Les premières sensations sur le vélo ont été excellentes. Le rythme est parti fort, malgré un vent de face bien présent. En peloton, nous avons tout de même réussi à tenir une belle allure pendant la première heure et demie. Le genre de début qui permet de se mettre dans le rythme, tout en sentant monter l'excitation à mesure que l'on se rapproche des premiers secteurs.
Et puis, au kilomètre 50,7, les choses sérieuses ont commencé.
Arenberg : le choc
La Trouée d'Arenberg, classée 5 étoiles, a été le premier grand choc de la journée. Les secteurs sont notés de 1 à 5 étoiles selon leur difficulté, leur longueur et l'état des pavés, et ici, on entre directement dans le vif du sujet : 2,3 km de chaos pur.
À certains moments, on se demande presque si les pavés n'ont pas simplement été jetés au sol au hasard. C'est brutal, violent, secouant… mais incroyablement grisant. En arrivant au bout, je me suis dit : ça y est, j'y suis vraiment. J'avais imaginé ce moment tellement de fois que j'avais presque besoin de me pincer pour y croire. Bon, les secousses dans tout le corps étaient là pour me rappeler que ce n'était pas un rêve.
La Trouée d'Arenberg : 2,3 km de pavés chaotiques, secteur 5 étoiles et passage obligé de l'Enfer du Nord.
À partir d'un certain rythme, on a presque l'impression de flotter au-dessus des pierres. Encore faut-il réussir à tenir cette allure.
Après Arenberg, la journée a changé de dimension. Les secteurs s'enchaînaient avec les portions de route, les relances, la poussière, les vibrations permanentes et cette nécessité de rester lucide pour conserver la bonne trajectoire. Car sur les pavés, tout l'enjeu est là : garder de la vitesse sans subir le terrain.
Mons-en-Pévèle : la machine à laver
Puis est arrivé Mons-en-Pévèle, un autre monument de Paris-Roubaix, lui aussi classé 5 étoiles. Trois kilomètres de pavés sans répit, une vraie machine à laver qui vous brasse dans tous les sens.
La première moitié se passe avec le vent dans le dos, puis vient un virage à 90 degrés, et là tout bascule : dernier kilomètre, vent de face, vitesse qui chute brutalement, jambes qui commencent à brûler, et les pavés qui ne laissent aucun répit. Passer de 30 km/h à 15 km/h dans un secteur pareil, ça donne une autre dimension à l'effort.
Ce qui m'a le plus surpris sur cette course, au-delà de la rudesse des pavés, c'est l'ambiance. On sent que Paris-Roubaix, dans le Nord, représente quelque chose de profondément ancré. Il y a du monde dans tous les secteurs, des encouragements partout, une ferveur incroyable. Par moments, on se croirait presque au cœur de la course professionnelle.
Carrefour de l'Arbre : le dernier grand combat
Dernier secteur 5 étoiles de la journée, et pas des moindres : le Carrefour de l'Arbre. Après plus de 130 kilomètres dans les jambes, ses 2,1 km de pavés disjoints prennent une dimension encore plus sauvage.
C'est le genre de passage qui vous fait découvrir des douleurs dans des endroits du corps que vous n'auriez jamais imaginés : les mains, les doigts, les articulations… tout y passe. Mais il y a aussi cette ambiance unique, cette foule qui pousse, ces encouragements qui résonnent de chaque côté. À ce moment-là, une seule pensée domine : une fois ce secteur franchi, l'arrivée n'est plus très loin.
Et malgré la fatigue, malgré les secousses, malgré la lucidité qu'il faut conserver jusqu'au bout, je me sentais bien. Pas de crevaison, pas de souci mécanique, pas de coup de moins bien. Le vélo, les pneus, les gants, l'hydratation, la nutrition : tout a parfaitement fonctionné. Sur une épreuve comme celle-ci, c'est presque une victoire en soi.
Carrefour de l'Arbre, km 127,9 : les pavés les plus sauvages, à quelques kilomètres de la gloire.
L'entrée dans le vélodrome
Puis vient enfin l'entrée dans le vélodrome de Roubaix. Ce moment-là, je m'en souviendrai longtemps.
Ma compagne m'attendait à l'entrée, et je peux vous dire que ça n'a pas de prix. À cet instant, tout se mélange : la fatigue, la joie, l'émotion, et surtout ce rêve qui devient réalité. Il y a ce dernier tour, ce lieu chargé d'histoire, et cette ligne d'arrivée qui a vu passer tant de grands noms du cyclisme. On y entre avec les jambes lourdes, mais le cœur léger.
Dernier sprint. Derniers mètres. Et une immense fierté.
Le vélodrome de Roubaix : l'arrivée mythique, le tour de piste, et cette ligne qui récompense des mois de préparation.
Une course à vivre au moins une fois
Ce Paris-Roubaix Challenge m'a appris beaucoup. À gérer mon effort, bien sûr, mais aussi à faire confiance à ma préparation, à mon matériel, à mes choix. Mentalement, cette aventure m'a demandé du sang-froid et de la détermination, peut-être même davantage pendant les mois de préparation que le jour de la course lui-même.
Ce qui rend cette épreuve si spéciale, c'est ce mélange unique de difficulté, de prestige, d'ambiance et d'émotion. C'est dur, oui. Brutal, parfois. Mais c'est aussi incroyablement vivant, intense et marquant. Une vraie aventure de cycliste.
Est-ce que je referais cette épreuve ? Sans hésiter. Et en franchissant la ligne, une idée a même commencé à me traverser l'esprit : pourquoi ne pas viser le 170 km l'an prochain ?
Au fond, une seule pensée me traversait : je l'avais fait.